Et si nos souvenirs d’enfance étaient bien plus que des réminiscences tendres ? Si, en pleine recherche immobilière, ils s’invitaient sans prévenir, faussant nos calculs, influençant nos exigences ? L’été, terrain propice aux retours aux sources, semble confirmer que le passé ne dort jamais vraiment.
Quand la maison d’enfance dicte nos choix de logement

Le 15 juillet 2025 une étude inédite commandée par SeLoger et réalisée par YouGov révèle une réalité étonnamment persistante : le logement dans lequel nous avons grandi continue de hanter, en bien ou en mal, nos décisions de logement adulte. L’attachement à ce “premier chez-soi” façonne les envies, influe sur les critères de recherche, et dans certains cas, oriente les acquisitions elles-mêmes. Une lecture à la croisée du rationnel et de l’affectif.
Le logement comme miroir du passé émotionnel
Certains souvenirs ne meurent jamais. Selon l’étude, 51 % des Français conservent un souvenir positif de leur maison d’enfance, chiffre qui grimpe à 55 % chez les hommes et reste à 48 % chez les femmes. Cette empreinte mémorielle dépasse la simple nostalgie : elle structure inconsciemment les contours de la recherche immobilière. La chambre, pour 45 %, reste l’épicentre de cette mémoire affective, devant l’extérieur (31 %) et le salon (28 %).
Les repères émotionnels sont tenaces. Moments du quotidien (40 %), repas familiaux (31 %) ou fêtes de fin d’année (30 %) s’ancrent dans les murs. Rien de tangible, mais tout d’essentiel. Ils constituent une matrice affective qui ressurgit quand vient le temps de chercher un nouveau toit.
Un logement façonné par des critères venus d’hier
La donnée la plus éloquente du communiqué ? 53 % des répondants reconnaissent que le type de logement qu’ils recherchent aujourd’hui est calqué sur celui de leur enfance. Maison de plain-pied, pavillon familial ou appartement en centre-ville : les schémas se répètent.
Mais ce n’est pas tout. 46 % affirment être guidés par la localisation géographique de leur logement d’origine. Ce retour inconscient vers un lieu similaire, ou parfois vers le même environnement naturel, confirme une forme de loyauté affective. L’étude montre également que 37 % des Français sélectionnent leur logement selon un environnement qui leur rappelle celui de leur enfance.
En clair, les souvenirs forment une grille de lecture immobilière. Les choix d’aujourd’hui sont des répliques déguisées des attachements d’hier. Et certains passent même à l’acte : 17 % ont envisagé, voire concrétisé, le rachat de leur maison d’enfance. Motivations ? L’attachement émotionnel (41 %) et la volonté de transmission familiale (14 %).
De la trajectoire de vie à la trajectoire résidentielle
L’étude s’inscrit dans une tendance plus large observée depuis plusieurs années : l’immobilier comme narration de soi. En février 2025, SeLoger publiait une autre enquête révélant que 89 % des Français estiment que leur logement reflète les grandes étapes de leur vie : union (43 %), naissance (25 %), séparation (23 %). On ne déménage plus seulement pour s’agrandir ou se rapprocher du travail, mais pour s’inscrire dans une chronologie affective, parfois inconsciente.
17 % des jeunes adultes reviennent même vivre chez leurs parents après un premier départ. Un chiffre qui met en lumière la porosité croissante entre départ affectif et indépendance économique. L’attachement n’est pas seulement une affaire d’émotion, il devient une donnée immobilière.
Le marketing au service de la fibre émotionnelle
Conscient de cette tension entre affect et raison, SeLoger a déployé au printemps 2025 une campagne publicitaire télévisée intitulée « Raconte-moi ta trajectoire immobilière, je te dirai qui tu es ». L’objectif ? Évoquer ce fil invisible qui relie logement et biographie. Avec une hausse de budget de +25 %, la campagne a généré 120 millions de contacts en un mois. Le message est clair : l’immobilier émotionnel est désormais une segmentation stratégique, plus qu’un storytelling cosmétique.
ce que nos maisons disent de nous
L’exemple est saisissant : un couple de quadragénaires renonce à un logement neuf pour acheter une maison ancienne dans le village où l’un d’eux a grandi. Pas pour le prix, ni pour la rentabilité. Mais pour la paix intérieure. Pour la sensation d’« être revenu chez soi ». Loin des m², près du cœur.
Au fond, cette étude rappelle une vérité souvent évacuée par les agents ou les courtiers : acheter ou louer un logement, c’est aussi – surtout – un acte d’ancrage identitaire. Et il semble bien que notre habitat familial continue de murmurer à l’oreille de nos désirs immobiliers les plus actuels.