Déficit record pour l’hôpital public : près de 3 milliards d’euros perdus en 2024

La direction des statistiques des ministères sociaux (Drees) a lancé, le 24 juillet, une alerte sévère. Le secteur de l’hôpital public a enregistré en 2024 un déficit record, dépassant de loin les seuils observés depuis le début des suivis statistiques en 2005. Alors que les dépenses explosent et que l’investissement marque le pas, le système semble atteindre ses limites.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Published on 25 juillet 2025 15h30
Déficit record pour l’hôpital public : près de 3 milliards d’euros perdus en 2024
Déficit record pour l’hôpital public : près de 3 milliards d’euros perdus en 2024 - © Economie Matin
3 milliards €En 2024, les pertes des hôpitaux publics ont frôlé les 3 milliards d’euros, atteignant un niveau inédit depuis près de deux décennies.

Hôpital public : un gouffre budgétaire sans précédent

Le chiffre donne le vertige. Entre 2,7 et 2,9 milliards d’euros de pertes pour les hôpitaux publics en 2024, contre 2,3 milliards l’année précédente. Cette estimation, rendue publique par la Drees dans son rapport du 24 juillet, place le déficit net à 2,5 % des recettes, soit un niveau inédit depuis 2005, année de départ des séries observées, peut on lire sur CNEWS.

La dynamique est alarmante. Selon le communiqué officiel, « le déficit des hôpitaux publics se creuse de nouveau, jusqu’à atteindre 2,5 % de leurs recettes (après 2,3 % en 2023) ». Ce n’est plus une dérive marginale, mais une spirale comptable incontrôlée.

Une activité hospitalière en hausse, mais un modèle sous pression

Pourtant, le système hospitalier n’est pas à l’arrêt. Loin de là. L’activité globale des hôpitaux, publics comme privés, a progressé en 2024. Le nombre de séjours en médecine, chirurgie et obstétrique (MCO) a grimpé de 3,9 %, poursuivant la tendance haussière de l’année précédente (+4,6 % en 2023), selon une publication officielle de la Drees.

La Drees observe que « les passages aux urgences ont rebondi de 2,5 % en 2024, atteignant 21,3 millions », un niveau qui reste toutefois inférieur aux 22 millions enregistrés en 2019, avant la pandémie de Covid‑19. En psychiatrie, en revanche, la tendance est inversée : les journées à temps complet ont chuté de 1,6 %, essentiellement à cause du secteur public, en baisse de 2,4 %.

Investissements en recul : le frein structurel de la dette

Autre symptôme d’un système à bout de souffle. L’effort d’investissement des établissements publics diminue, alors même que le besoin d’adaptation technologique et infrastructurelle est plus crucial que jamais. En 2024, les investissements ont représenté 5,1 % des recettes, contre 5,4 % l’année précédente.

Selon la Drees, ce repli traduit « la prise de retard de nombreux projets du fait de la dégradation de la situation financière des établissements, du renchérissement des coûts des projets et des compléments d’instruction importants ». Même les fonds issus des accords du Ségur de la santé de 2020 n’ont pas suffi à redresser la dynamique.

Un déficit largement porté par l’exploitation courante

Le cœur du problème est là. Le déficit de l'hôpital public est avant tout structurel, et non conjoncturel. Le résultat d’exploitation affiche un recul inédit de −2,1 % des recettes, soit entre −2,2 et −2,4 milliards d’euros. Cette dégradation chronique n’est pas compensée par les rares marges de manœuvre financières.

Le résultat exceptionnel (à +0,4 %) n’inverse pas la tendance, et la capacité d’autofinancement des hôpitaux reste très faible. Quant à la dette hospitalière, elle se maintient autour de 30 milliards d’euros, soit près de 28 % des recettes. Elle n’explose pas, mais son poids empêche toute relance volontariste.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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